jeudi 28 novembre 2013

Lago di Como (2)

Psyché ranimée par le baiser de l'Amour - Villa Carlotta - Lac de Côme

"L'Amour et Psyché, de Canova : je n'ai rien regardé du reste de la galerie ; j'y suis revenu à plusieurs reprises, et à la dernière j'ai embrassé sous l'aisselle la femme pâmée qui tend vers l'Amour ses deux longs bras de marbre. Et le pied ! Et la tête ! le profil ! Qu'on me pardonne, ç'a été depuis longtemps mon seul baiser sensuel ; il était quelque chose de plus encore, j'embrassais la beauté même, c'était au génie que je vouais mon ardent enthousiasme."
Flaubert, Notes de voyages, 1845

La Villa Carlotta - Été 2009

Bellagio, depuis la Villa Carlotta

Et, comme un clin d’œil malicieux du hasard, à Bellagio on découvre cet hôtel étrangement nommé où ont notamment séjourné Puccini, Kurt Weill, le jeune prodige Nino Rota, Sartre et Beauvoir... 

dimanche 24 novembre 2013

Lago di Como (1)



"On voudrait vivre ici et y mourir : tous les sentiments de la nature s'y trouvent réunis et le grand prédomine."
Gustave Flaubert, Notes de voyage


"Que dire du lac de Côme, sinon plaindre les gens qui n'en sont pas fous ?"
Celui qui n'est encore qu'Henri Beyle, à 17 ans

Et sur le village de Bellagio :
"son aspect sublime et gracieux que le site le plus renommé du monde, la baie de Naples, égale mais ne surpasse point."
Stendhal, La Chartreuse de Parme


vendredi 22 novembre 2013

Promenades (2)


"J'avais enfin une vie ! Les promenades dans les livres se doublaient de promenades délicieuses avec des êtres réels.
Les villes, dès lors, surtout à l'automne et au printemps, sont comme un seul chemin prolongé ou un portique immense. On y marche sans fatigue pendant des heures. L'un raccompagne l'autre puis l'autre l'un. Les avenues, les rues, les allées n'ont d'autre fonction que de servir de décor à des discussions passionnées, interminables et tendres. Les passants, les voitures, les arbres, les carrefours, le soleil sont profusément là, à titre gracieux, pour une figuration bon enfant. Sans le savoir vraiment, on est dans un futur souvenir que rien n'effacera. On ne le sait pas parce qu'on se croit à jamais dans le présent."
Dominique Noguez, Dans le bonheur des villes : Rouen, Bordeaux, Lille

mardi 19 novembre 2013

Une belle soirée


C'était en février dernier. Il faisait froid et il tombait des cordes. Mais qu'importe puisque la Librairie Charybde recevait Serge Quadruppani, et rue de Charenton cette soirée-là fut ensoleillée et chaleureuse comme l'Italie, comme la Sicile.
Avec Hugues, le libraire, on a lu à deux voix des extraits des trois derniers romans de Serge Quadruppani, qui mettent en scène la ô combien savoureuse, râleuse, rusée, gourmande, charmeuse, sensuelle commissaire Simona Tavianello à la crinière vieil ivoire, aux prises avec les collusions de l'argent et du pouvoir sous toutes leurs formes - la mafia, les services secrets, l'industrie agroalimentaire, les journalistes télé véreux...
On a lu aussi un extrait d'Un été ardent, un des plus beaux et émouvants romans de la série des Montalbano du maestro Andrea Camilleri, dont Serge Quadruppani est le génial traducteur - et auquel il rend hommage à plusieurs reprises dans la série des Simona Tavianello, notamment en le faisant apparaître en personne dans Saturne.
Puis la discussion s'est engagée entre le public et Serge, qui a répondu aux questions avec humour, malice et gentillesse. Il a notamment expliqué la genèse du personnage de Simona, a dit l'utilité, dans chaque livre de la série, de l'âne, du chien, du chat et du lapin, a raconté une belle anecdote sur Camilleri et Sciascia. On a aussi un peu débattu de problèmes cruciaux comme de savoir si Livia, l'éternelle fiancée de Montalbano, était insupportable ou pas...
Et pour terminer cette belle soirée, comme quoi l'amour de l'Italie ne rend pas sectaire, on est allés manger... chinois !


« Le lieutenant Licata tarda un peu à se mettre debout. La commissaire lui adressa un sourire qu'elle voulait amical, mais craignant qu'il y voie de la moquerie pour le rôle secondaire auquel on l'assignait, elle reprit aussitôt une expression neutre. Celle du patron des services d'information était toujours aussi peu déchiffrable.
On échangea des poignées de main.
Et seul un narrateur omniscient, mal venu dans une époque postmoderne, aurait pu nous faire savoir qu'en serrant dans sa grande main énergique et manucurée les cinq doigts dodus de la commissaire, Febbraro pensa "Sale pouffiasse rouge, on va te niquer la gueule" tandis que Simona songeait "Fasciste de merde, tu crois que je ne te vois pas venir ?" » 
Saturne

vendredi 15 novembre 2013

Les sirènes et les midis éternels


"La grande fenêtre ouvrait sur le manège des écuries du roi
Et sur l'horloge qui marquait toujours la même heure
Celle de la jeunesse et des midis éternels
Pendant la journée
La Lilliputienne peignait ses tableaux
Et moi
A côté d'elle

J'écrivais un poème."



"Et tu comprendras que les sirènes
Sont encore plus belles
Quand elles se taisent"

mercredi 13 novembre 2013

lundi 11 novembre 2013

La couverture rouge avec la louve dessus



Elle : J’ai une belle idée de cadeau qui me ferait très très plaisir. 
Moi :  Ah, dis moi, c’est quoi ? 
Elle : Le De natura rerum, de Lucrèce, aux Belles Lettres, collection Guillaume Budé. Tu sais, la couverture rouge avec la louve dessus. J’en rêve la nuit.

(Novembre 2013, échange de textos)

samedi 9 novembre 2013

P... de guerre

Fort de Vaux - Avril 2012
 "Je t’écris ô mon Lou de la hutte en roseaux
Où palpitent d’amour et d’espoir neuf coeurs d’hommes
Les canons font partir leurs obus en monômes
Et j’écoute gémir la forêt sans oiseaux"
Guillaume Apollinaire, Poèmes à Lou, 1915


Et aussi De toi depuis longtemps je n'ai pas de nouvelles, lu ici par Jean-Louis Trintignant.


"Comme si cela ne suffisait pas, à peine s'étaient-ils extraits de leur cache, il a fallu qu'un chasseur Nieuport vînt à s'écraser et se disloquer en explosant sur la tranchée, tout près de l'abri, multipliant un cataclysme de poussière et de fumée - à travers quoi ils ont pu voir brûler deux aviateurs tués dans le choc et restés démantelés sur leurs sièges, transformés en squelettes grésillants maintenus par leurs courroies. Le jour tombait cependant, qu'on ne voyait d'ailleurs pas tomber dans ce désordre, et au moment de sa chute un calme relatif a paru se rétablir un moment. Il semblait néanmoins qu'on désirât conclure par un dernier déferlement, un final de feu d'artifice, car une canonnade gigantesque a repris : Anthime et Bossis se sont encore trouvés couverts de terre par l'explosion d'un nouvel obus, tombé sur la sape qu’ils venaient à l’instant de quitter et dont la voûte, sous leurs yeux, n'a pas résisté à l'impact."
Jean Echenoz, 14

mardi 5 novembre 2013

Chimères

Plonk & Replonk
1987

samedi 2 novembre 2013

"Ho proprio il dubbio di finire male"


Et aussi le plaisir, comme pour un Rivage des Syrtes ou un Château d’Argol, de couper les pages avant de lire…


« Quand j’entends Mastroianni – avec cette voix plus basse, plus grasse, plus grenue que ce qu’induit son apparence physique assez fragile de séducteur un peu trop beau (l’avatar d’après-guerre et non gominé de Rudolf Valentino) – répondre auto-ironiquement à son ami hospitalisé qui lui prédit que son dernier roman aura du succès : "Ho proprio il dubbio di finire male" (Je sens que je vais finir mal), ou Monica Vitti soupirer à la fin de la nuit, de sa voix un peu rauque, à Giovanni et Lidia (Marcello Mastroianni et Jeanne Moreau) quelque chose comme "Me avete tutta distrutta voi due, stanotte !" (Vous m’avez anéantie tous les deux, cette nuit !), comment ne tomberais-je pas amoureux de la langue italienne, comment, en tous cas, ne serais-je pas fasciné par l’irréductible spécificité rythmique et vocale de ces phrases dont les sous-titres me livrent la signification mais, surtout, dont la VO me restitue l’épaisseur signifiante ? »

Dominique Noguez, Ce que le cinéma nous donne à désirer – Où l’on passe au Japon une nuit avec La Notte et les clartés qui s’ensuivent